Congé maladie à l’Éducation nationale : le guide complet (CMO, CLM, disponibilité d’office, reclassement, RQTH…)
Sécuriser votre arrêt maladie dans l’Éducation nationale et préparer votre reconversion.
Lorsqu’un enseignant entre dans la spirale des arrêts maladie, des certificats médicaux et des échanges avec le rectorat, il découvre rapidement une réalité brutale : le système est opaque, lent et profondément déroutant.
Depuis la réforme PSC / MGEN, la situation s’est encore complexifiée :
délais rallongés,
interruptions soudaines d’indemnités,
réponses contradictoires,
zones d’ombre sur les droits réels.
Pour celles et ceux qui envisagent une reconversion, ce brouillard administratif s’ajoute à l’épuisement, l’incertitude et parfois… l’isolement.
C’est précisément pour cela que ce guide existe : pour vous aider à y voir clair et sécuriser votre parcours.
1. Comprendre enfin le système des congés maladie de l’Éducation nationale
Avant d’envisager un poste adapté, un reclassement ou une reconversion, il est indispensable de comprendre le fonctionnement réel des congés maladie.
Ce système répond à des règles précises… mais rarement expliquées.
1.1. Le congé de maladie ordinaire (CMO)
C’est le premier congé auquel la majorité des enseignants sont confrontés.
Durée : 12 mois maximum sur 12 mois glissants.
Rémunération :
90 %, puis
50 %, selon les périodes.
Complément MGEN : dépend du contrat PSC + souvent limité à 12 mois.
Mais l’essentiel est souvent méconnu :
👉 Au-delà du CMO, l’administration peut placer l’enseignant en disponibilité d’office — sans salaire.
C’est l’une des principales zones de danger aujourd’hui.
1.2. Le congé de longue maladie (CLM)
Le CLM est une mesure bien plus protectrice, encore faut-il en connaître l’existence.
Il concerne les pathologies graves ou invalidantes, notamment :
troubles anxieux sévères,
burn-out,
dépressions caractérisées,
certaines pathologies chroniques.
Durée totale : 3 ans, dont :
1 an à plein traitement,
2 ans à 60% du traitement,
après passage devant un médecin expert puis en comité médical.
👉 Beaucoup d’enseignants auraient pu éviter une période de non-rémunération s’ils avaient demandé un CLM suffisamment tôt.
1.3. Le congé de longue durée (CLD)
Encore plus protecteur, mais accessible dans un nombre restreint de pathologies, souvent psychiatriques ou lourdes.
Le CLD peut durer jusqu’à 5 ans maximum, pour une même maladie :
3 ans à plein traitement (100 % du salaire indiciaire)
2 ans à demi-traitement (50 % du salaire indiciaire)
⚠️ Les primes et indemnités ne sont généralement pas versées.
Comment est-il accordé ?
Arrêt(s) maladie prolongé(s)
Dossier médical transmis
Avis du médecin agréé
Décision de l’administration (souvent après passage en commission médicale)
1.4. La disponibilité d’office : la zone rouge
C’est la bascule la plus redoutée.
Lorsqu’un enseignant ne peut pas reprendre son poste mais ne remplit pas les conditions du CLM/CLD, l’administration peut décider :
👉 Disponibilité d’office — non rémunérée.
Avec la réforme MGEN, cette situation explose :
de nombreux enseignants se retrouvent sans salaire après 12 mois de CMO.
D’où la nécessité d’anticiper.
1.5. Les interlocuteurs incontournables
Pour éviter de se perdre :
Médecin traitant : rédige les certificats + peut demander l’inaptitude.
Médecin de prévention : évalue l’adaptation au poste.
Comité médical : statue sur CLM/CLD.
Conseiller mobilité carrière : accompagne reclassement et PA.
Comprendre ce “carré médical” permet de reprendre le contrôle.
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2. La réforme PSC / MGEN 2023–2026 : pourquoi elle change tout ?
Depuis septembre 2023, la réforme PSC (Protection Sociale Complémentaire) a transformé la gestion des indemnités.
Conséquences :
indemnités interrompues dès le 12ᵉ mois,
retards de traitement,
service téléphonique saturé,
prévoyances plus restrictives,
contrats moins lisibles.
👉 C’est l’une des principales raisons pour lesquelles tant d’enseignants découvrent qu’ils ne sont pas sécurisés financièrement.
Réforme PSC / MGEN : ce qui change concrètement pour les enseignants
Fin du libre choix de la mutuelle
À partir de 2026, tous les enseignants seront obligatoirement affiliés au contrat collectif piloté par la MGEN (sauf rares cas de dispense).
Passage à un contrat collectif unique
La complémentaire santé n’est plus individuelle : elle devient collective, standardisée et imposée par l’employeur.
Participation financière de l’État (50 %)
L’État prend en charge 50 % du socle santé, ce qui réduit le coût affiché… mais uniquement sur les garanties minimales.
Socle de garanties limité
Le contrat de base couvre le minimum réglementaire ; pour une protection équivalente à l’existant, des options payantes sont souvent nécessaires.
Prévoir une prévoyance plus restrictive
Les garanties de maintien de salaire en cas d’arrêt long sont moins lisibles et parfois plus limitées, surtout après 12 mois d’arrêt.
Augmentation possible du coût réel
Avec les options et les ayants droit, le reste à charge mensuel peut dépasser celui d’une mutuelle individuelle, malgré la participation employeur.
Dépendance accrue en cas de fragilité
En arrêt maladie long, en CLM/CLD ou en transition professionnelle, l’enseignant devient entièrement dépendant du contrat collectif.
Risque en cas de sortie de l’Éducation nationale
En cas de démission, rupture conventionnelle ou disponibilité, la couverture collective est perdue, avec un retour complexe et coûteux vers une mutuelle individuelle.
3. Reclassement, poste adapté, inaptitude : les trois piliers d’une reconversion sécurisée
Lorsque l’objectif est de quitter la classe sans quitter la fonction publique, trois dispositifs s’articulent.
C’est leur enchaînement temporel qui crée la confusion.
Voici le schéma le plus logique.
3.1. Le reclassement (pour raison de santé)
Il permet de changer de métier tout en restant fonctionnaire.
Comprend :
une demande d’inaptitude au poste,
une phase probatoire,
un nouveau poste administratif.
Délais habituels : 6 à 10 mois.
Une solution lente, mais sécurisante.
3.2. Le poste adapté (PA / PALD)
Le poste adapté joue un rôle stratégique :
il permet de sortir de la classe, de respirer et d’expérimenter un autre métier.
Il offre la possibilité de tester :
la gestion scolaire,
les RH,
l’administratif,
la vie scolaire,
la gestion de formation, etc.
Demande en janvier → réponse en juin.
👉 D’où la nécessité d’anticiper dès l’automne.
3.3. L’inaptitude au poste d’enseignant
Demandée par le médecin traitant.
Elle ne signifie pas inaptitude au travail.
Elle ouvre la porte au reclassement.
Délais : 6 à 8 mois.
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4. Quelles pistes professionnelles après un congé maladie ?
Contrairement à ce que beaucoup croient, un arrêt maladie ne ferme pas les portes de la reconversion.
4.1. Le détachement : la voie royale
Il permet de :
changer de métier,
conserver votre statut,
maintenir votre rémunération.
Possible notamment via :
Canopé,
CNED,
Universités (postes A),
certaines collectivités.
⚠️ Détachements en catégorie B/C → très souvent refusés.
Il faut cibler les postes A (ingénierie de formation, conception, mission…).
4.2. Le secteur privé : accessible, varié et souvent plus humain
Les enseignants y sont très recherchés comme :
formateurs d’adultes,
concepteurs pédagogiques,
gestionnaires de formation.
CCI, OPCO, EdTech, organismes privés…
Les portes sont nombreuses.
📘 Pour explorer les métiers de la formation / conception pédagogique :
5. RQTH, mi-temps thérapeutique, temps partiel : des leviers utiles pour la transition
Ces dispositifs peuvent renforcer la sécurité du parcours.
5.1. La RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé)
⇒ reconnaissance administrative accordée par la MDPH lorsqu’un problème de santé durable impacte le travail (y compris troubles psychiques, maladies chroniques, épuisement professionnel).
Utile pour :
obtenir un temps partiel de droit,
demander des aménagements,
sécuriser le dossier de reclassement.
Les troubles psychiques (burn-out, anxiété, dépression) sont recevables.
5.2. Le mi-temps thérapeutique
Il permet une reprise progressive. Sécable pendant 12 mois.
Rémunération :
traitement → part travaillée,
indemnités journalières → part non travaillée,
complément PSC selon le contrat.
6. Se former de chez soi pendant un congé maladie : un levier puissant mais méconnu
Beaucoup d’enseignants ignorent qu’ils peuvent se former librement, chez eux, sur fonds propres, durant un arrêt maladie.
C’est totalement légal, dès lors que :
la formation se déroule hors temps de travail,
elle n’est pas financée par l’État employeur,
elle ne constitue pas un travail rémunéré.
Pourquoi c’est un atout majeur ?
✔ vous progressez même immobilisé administrativement,
✔ vous évitez l’isolement,
✔ vous préparez votre reconversion sans attendre les décisions rectorales,
✔ vous regagnez un sentiment de contrôle,
✔ vous constituez un dossier solide pour détachement / PA / reclassement.
🎥 Pour comprendre comment structurer cette montée en compétences :
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7. Les risques majeurs : les connaître, c’est les éviter
🎯 7.1. Rupture d’indemnisation après 12 mois
Sans CLM, l’enseignant peut risquer la bascule souvent automatiquement en disponibilité d’office → 0 revenu.
🎯 7.2. Délais très longs
poste adapté : janvier → juin
inaptitude : 6–8 mois
reclassement : 6–10 mois
Ces décalages créent des “trous” dans la trajectoire.
🎯 7.3. L’isolement : le facteur invisible
Les enseignants décrivent massivement :
la solitude des démarches,
la sensation de “devoir tout comprendre seul”,
le manque total de visibilité,
l’absence de réponse MGEN,
la fatigue mentale,
la honte parfois d’être “à l’arrêt”.
Cet isolement fragilise les décisions, l’estime de soi et la projection professionnelle.
8. Comment sécuriser votre situation dès maintenant
Naviguer dans le système des congés maladie n’est pas une simple procédure :
c’est une épreuve administrative, émotionnelle et financière.
Mais vous n’avez pas à l’affronter seul.
Entre le CMO, le CLM, la disponibilité d’office, les délais du poste adapté, l’inaptitude, la réforme PSC/MGEN et les silences administratifs…
👉 il existe un chemin clair et sécurisable.
La combinaison la plus protectrice est souvent :
CLM (si possible) + montée en compétences de chez soi.
Ensuite on avise sur la démarche de sortie : rupture conventionnelle, concours, détachement, …
Et surtout : sortez de l’isolement.
🌿 Pour être accompagné, prendre des décisions éclairées et avancer avec une carte claire :
👉 Découvrir la Gazette de la Reconversion Enseignante
Sources officielles
Service-Public.fr — Congé de maladie ordinaire
Service-Public.fr — Congé de longue maladie / longue durée
Circulaires académiques (Grenoble, Lyon, Paris)
Ministère Éducation nationale — Reclassement / Inaptitude
PSC État — réforme 2023–2025
MGEN — indemnités journalières / prévoyance
Agefiph — Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé
Service-Public.fr — Mi-temps thérapeutique
Choisir le service public — mobilités et détachements